lundi 20 février 2017



                            Non-intervention c'est

    lâche complicité

 

 il a raison  Julio Álvarez del Vayo  !

                        (1891-1975)

 

La République espagnole et la Société des Nations
:
Discours (extrait) du Ministre des Affaires étrangères 
du Gouvernement républicain espagnol,  Julio Álvarez del Vayo,
au Conseil de la SDN ( le 11 mai 1938)

«Monsieur le Président

   En m’adressant de nouveau au Conseil, au sein duquel l’Espagne eut l’honneur durant tant d’années de contribuer à l’œuvre de la Société des Nations, qu’il me soit permis de débuter en rejetant avec la plus grande énergie les interprétations malveillantes de ceux qui n’ont rien su voir d’autre qu’une volonté perturbatrice dans cette dernière requête de notre part visant à ce que la mal nommée question espagnole fût inscrite à l’ordre du jour. Il est extraordinaire et triste de constater à quel point le langage des soi-disant défenseurs de l’institution de Genève se confond avec celui de ses adversaires. Et il ne l’est pas moins de se dire que la politique de discrédit, de sabotage et de ruine de la Société des Nations, paralysée par le succès croissant de Berlin et de Rome depuis 1935, trouve dans d’autres capitales les plus irresponsables, ou si l’on veut, les plus responsables et les plus ardents collaborateurs [...].

   Est-ce que le fait de comparaître devant le Conseil en exposant une situation si pleine de périls pour la majorité des pays qui font partie de la S. des N.,ainsi que pour nous-mêmes, constitue une œuvre de perturbation? Agit-il comme un perturbateur celui qui au sein de la S. des N. réclame le respect de la loi essentielle de nos institutions? Que doit attendre un État membre à qui, en plus de lui nier l’assistance à laquelle il aurait droit en accord avec le Pacte, aurait été exclu de bon gré de la table du Conseil? Que ne sacrifiez vous votre peuple et la justice au nom de la servitude imposée par Berlin et Rome? Nous, nous nous réunissons toujours à Genève, et ce ne sont pas encore ni la Gestapo, ni l’Ovra qui sont chargées d’assurer la garde de cette salle !

   Je sais déjà que dans la réflexion atroce “Quelle est la meilleure politique à suivre par rapport à la S. des N.?”, il y a sûrement ceux qui pensent que le meilleur service que nous aurions pu rendre, afin de contribuer à sa nouvelle floraison, aurait été d’avoir cessé d’exister en tant que nation indépendante, avant la réunion du mois de mai. Jusqu’à présent, je suis au regret de le déclarer: notre courtoisie internationale ne va pas jusque-là! Ceux qui fondent leur politique extérieure sur une hécatombe prochaine du peuple espagnol sont appelés à souffrir la même déception que ceux qui crurent faire coïncider la signature d’un certain accord de type réaliste avec la “réalité” de l’entrée des divisions italiennes à Barcelone [...].

   Je ne parviens pas à saisir, Messieurs du Conseil, comment le futur historique de notre période agitée pourra jamais comprendre que les pays européens précisément, dont les intérêts vitaux, et même leur propre existence, se trouvaient menacés si l’agression germano-italienne en Espagne devait triompher, se mirent d’accord pour empêcher l’approvisionnement en armes de quelques centaines de milliers d’Espagnols qui ont décidé avec courage, auquel je rends hommage ici, d’opposer leur froide et solide détermination à l’invasion étrangère, et qui sont décidés à ce que l’Espagne ne perde ni son indépendance, ni sa liberté? Dès lors n’est-il pas déjà trop évident que le maintien de la non-intervention constitue la plus monstrueuse injustice et la plus grave faute politique? […]

   Ce dont il s’agit, ce que réclame le gouvernement espagnol, cest le rétablissement pur et simple des dispositions ordinaires du droit international commun;qu’on lui restitue ses droits à acheter librement le matériel de guerre que lui a enlevés la mal nommée non-intervention. C’est-à-dire, une situation de non-intervention authentique et véritable, dans laquelle les gouvernements n’ont rien d’autre à faire que de laisser les lois du commerce libre jouer librement. Une situation parfaitement compatible avec la position de ces pays qui, plaçant leurs intérêts au premier plan,
maintiennent la neutralité et l’impartialité la plus stricte et la plus acharnée vis-à-vis de la question espagnole.

   Nous ne demandons rien de plus, mais nous ne pouvons aussi nous contenter de moins [...]. Le gouvernement espagnol considère que ce qu’exige le moment présent,aussi bien dans l’intérêt de la justice qui est due à l’Espagne que dans l’intérêt de la paix, c’est le rétablissement immédiat du droit international. Premièrement, en mettant fin sans retard ni délai à ce simulacre de non-intervention, dont la survie macabre ternit et raréfie l’atmosphère internationale. Deuxièmement, en rétrocédant l’examen des répercussions internationales de la question espagnole à son enceinte naturelle: la Société des Nations ».

Source:
Ministère des Affaires Étrangères, Madrid, R1073 E33, Memoria de la Delegación Española. 101ª Sesión Ordinaria del Consejo. Sociedad de las Naciones, 29 mai 1938,

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire